Cancers professionnels

Des auteurs du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), de l’Institut Gustave Roussy (Villejuif), de l’université Pierre et Marie Curie-Paris 6, de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences, ont estimé la proportion de cancers attribuable aux expositions professionnelles en 2000 en France*.

L’évaluation a porté sur des expositions professionnelles pour lesquelles une association causale au cancer a été formellement établie pour l’Homme (cancérogènes certains, du groupe 1 du CIRC). Elle s’est appuyée sur les données d’une étude conduite à l’échelle nationale en 1994, l’étude SUMER (Surveillance médicale des risques professionnels), intéressant 7 millions d’hommes et 5 millions de femmes, ainsi que sur celles d’autres études, et les risques relatifs pour 23 combinaisons exposition-cancer ont été obtenus à partir de méta-analyses et d’analyses poolées.

Dans cette évaluation, 4 335 cas de cancers chez les hommes (2,7 % de la totalité des cancers) et 403 chez les femmes (0,3 % de la totalité des cancers) ont été attribués à des expositions professionnelles.

Les proportions correspondantes, pour les décès par cancer étaient 4 % chez les hommes et 0,6 % chez les femmes. Le cancer du poumon représentait 75 % des décès attribuables aux expositions en milieu de travail, suivi du mésothéliome (15 %), du cancer de la vessie, de la leucémie, des cancers laryngés, naso-sinusiens et cutanés.

Principaux cancérogènes professionnels relevés chez les hommes : l’amiante (cancer du poumon et mésothéliome), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (cancers du poumon, de la vessie et du larynx) et le chrome hexavalent (cancers du poumon et naso-sinusiens) ; chez les femmes : l’amiante et le tabagisme passif. À ces trois principaux agents s’ajoutent, chez les hommes exposés, parmi les cancérogènes retenus pour analyse : la poussière de bois (cancer des sinus) ; le benzène (leucémie), ; les poussières de cuir (cancer naso-sinusien) ; le nickel (cancers du poumon et naso-sinusien) ; les huiles minérales non ou peu traitées (cancer de la peau) ; les amines aromatiques (cancer de la vessie) ; le formaldéhyde (cancers naso-pharyngés) ; le radon, la silice, le cadmium, le tabagisme passif (cancer du poumon) ; le 1,3-butadiène (leucémie) ; les agents d’exposition de l’industrie du caoutchouc (cancer de la vessie et leucémie) et ceux des peintres (cancers du poumon et de la vessie).

Ces résultats, qui sous-estiment peut-être la charge que représentent les cancers professionnels (en raison notamment de la sous-estimation possible des expositions passées liée à l’utilisation des données de 1994, et de l’exclusion de certains cancérogènes établis pour cause de manque de données fiables) confirment que les expositions professionnelles demeurent en France une cause importante de cancer chez l’homme. Elles se situeraient, selon une estimation plus globale**, au troisième rang des causes connues de décès par cancer, après le tabagisme et la consommation d’alcool.



* Boffetta P et coll. : An estimate of cancers attributable to occupational exposures in France. J Occup Environ Med 2010 ; 52 : 399-406.
** Boffetta P et coll. : The causes of cancer in France. Ann Oncol 2009 ; 20 : 550-5.